Qu'est-ce que l'on voit lorsqu'on regarde une fenêtre fermée ?

24 décembre 2011

Marise Godin

Marise Godin fait des dessins avec la machine à écrire héritée de son grand-père. Normalement, elle ne porte pas de lunettes, même si elle en a besoin pour voire de loin. Ses longs cheveux roux impressionnent par derrière. Ses grands yeux verts touchent par devant.
Marise n’a pas de petit copain car elle ne trouve personne assez intéressant. Sa meilleure amie s’appelle Marie-Claude. MC est une guitare. Elle est sa meilleure amie car elle se laisse embrasser de plusieurs manières différentes. Marise a aussi une amie-personne, appelée Marie-Andrée. MA considère MC, mais n’embrasse jamais MC. MC se laisse toucher uniquement par Marise.
MA apprécie la façon de parler de Marise. En parlant, elle ne dit pas de gros mots. Marise adore le mot « laitue ». Elle pense aux laitues lorsqu’elle est fâchée, puis elle se détend. MA n’apprécie pas trop le style de Marise. En s’habillant, elle porte des robes de noces. Marise déteste les vêtements qui n’ont pas d’histoires à raconter. Elle aime les robes de noces car elles ont de l’énergie positive et puis sont belles.


Il y a un homme dans la vie de Marise. Il s’appelle Mathieu. Mathieu aime bien faire l’amour, mais il ne le fait pas souvent. Il rêve de coucher avec Marise mais elle est trop occupée avec sa machine à écrire. Ce qu’elle fait, Marise, c’est de diriger les tabulateurs pour les abîmer dans ses propres idées. Ce qu’elle adore, Marise, c’est de transgresser l’usage courant des choses pour son propre plaisir.

23 décembre 2011

Un ours

Il est allongé sur mon divan à L.
Il me regarde avec des yeux fixes; les muscles de son bras sont en tension lorsqu’il a
[une idée.
Il écrit dans son cahier.
Ma colocataire écoute White Stripes, des bandes blanches.
Il ouvre la bouche en écrivant.
Ses yeux, mi fermés, me regardent; je souris, il sourit.
Il sort dehors, revient les bras croisés; prend sa bière, m’offre sa bière, je refuse.
La guitare fait pap pap pap pap.
Il reprend son crayon, il finit sa phrase; sa bouche toujours ouverte.
Je continue à écrire, on écrit tous les deux.
Il se touche les cheveux, lève ses papiers;
[me regarde.
J’enlève mes lunettes, mes yeux respirent.
Je suis à demi allongée sur le divan à L, je sens ma respiration. Il prend sa bière, il en boit.
Il descend du divan comme pour tomber par terre.
Il prend mes jambes, soutenues par une table, en face de moi.
Il prend mes jambes. Il embrasse mes genoux. Il regarde avec des yeux fixes ma colocataire qui se trouve là. Il n’arrête pas de regarder. Je ne bouge pas. Lentement, il retourne à sa place. Je souris.

À quoi pensais-je ?
On pense à ce qu’on veut
Que montrais-je ?
On montre ce qu’on veut

22 décembre 2011

Les moustaches

Les moustaches, elles ne sont pas faites pour être portées par tous les hommes, du même que tous les hommes ne sont pas faits pour être aimés par les femmes, et à l’inverse. Voire les poils pousser jour après jour, passer d’un état rasé à hérissé… C’est une question d’attente, de savoir-faire et de goût affirmé.
Soit par fainéantise, laisser-aller ou, du même, par un goût spécial, le bonhomme qui me vend les titres de transport porte une moustache gauloise qui anéantit les clients du dépanneur. Il assure tout le monde que c’est son corps qui, intelligemment, désigne et dirige la direction de chaque poil. Quelle gracieuse bacchante!
L’autobus est l’endroit parfait pour les voir apparaître: petites, mignonnes, grisonnantes, relevées, tombantes, épaisses… Eh bien, c’est des épaisses dont je vous parlerai. Il y a un mois, je me suis vu affublée d’une moustache collée à un jeune garçon; on aurait dit Lucky Luke portant une robe : grotesque et ridicule.
Moi, je suis une personne qui ne peut pas cacher facilement ses émotions, surtout lorsque je vois quelque chose de dérisoire ou de risible. Je lève les sourcils et les latérales de ma bouche sont filées par le sourire – en plus des yeux grands, ouverts-. Le jour que j’ai vu la moustachetique, les poils volant comme des moustiques, j’ai dû sortir à l’arrêt suivant en courant. Ce n’est pas drôle, il devrait y avoir quelqu’un qui lui disse, « gentilhomme, rasez-vous, je vous en prie! Hors de question de le remettre en question! ».