Les moustaches, elles ne sont pas faites pour être portées par tous les hommes, du même que tous les hommes ne sont pas faits pour être aimés par les femmes, et à l’inverse. Voire les poils pousser jour après jour, passer d’un état rasé à hérissé… C’est une question d’attente, de savoir-faire et de goût affirmé.
Soit par fainéantise, laisser-aller ou, du même, par un goût spécial, le bonhomme qui me vend les titres de transport porte une moustache gauloise qui anéantit les clients du dépanneur. Il assure tout le monde que c’est son corps qui, intelligemment, désigne et dirige la direction de chaque poil. Quelle gracieuse bacchante!
L’autobus est l’endroit parfait pour les voir apparaître: petites, mignonnes, grisonnantes, relevées, tombantes, épaisses… Eh bien, c’est des épaisses dont je vous parlerai. Il y a un mois, je me suis vu affublée d’une moustache collée à un jeune garçon; on aurait dit Lucky Luke portant une robe : grotesque et ridicule.
Moi, je suis une personne qui ne peut pas cacher facilement ses émotions, surtout lorsque je vois quelque chose de dérisoire ou de risible. Je lève les sourcils et les latérales de ma bouche sont filées par le sourire – en plus des yeux grands, ouverts-. Le jour que j’ai vu la moustachetique, les poils volant comme des moustiques, j’ai dû sortir à l’arrêt suivant en courant. Ce n’est pas drôle, il devrait y avoir quelqu’un qui lui disse, « gentilhomme, rasez-vous, je vous en prie! Hors de question de le remettre en question! ».
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